Une approche contemporaine

La popularisation des termes psychiatriques permet à des personnes de se saisir d’un bout de savoir sur la maladie psychique et de développer une approche plus active de leurs soins. Cela peut constituer un gain, en ce qu’elle permet dans certains troubles, un repérage précoce. Cependant, le glossaire de mots disponibles sur internet ou dans les médias ou génère aussi des dérives et des méprises qui peuvent retarder ou fermer l’accès aux prises en charge.

Le terme dépression regroupe aujourd’hui de nombreux symptômes et de nombreux états psychiques sous la bannière d’un symbole quasi-universel. Il ‘convient’, que l’on cherche à traduire de façon intelligible des états internes ayant attrait au deuil, à l’angoisse de séparation, de perte, à la tristesse, à l’échec, à l’inhibition , etc.

Cependant, cette généralisation ne devrait pas empêcher chacun de bénéficier d’un repérage fin et singulier de ce qui lui arrive vraiment dans cet épisode de détresse. Le moment de souffrance psychique, de crise anxio-dépressive, ou d’inhibition généralisée qu’entraîne l’effondrement dépressif ne doit pas être confondu avec une déprime passagère ou même récurrente. Il s’agit d’un moment psychique ou les modes de défense contre l’angoisse et les affects douloureux fonctionnent peu ou plus.

Pourquoi consulter ?

a) Les effets symboliques

Contrairement au reste du règne animal l’homme est un être qui naît dans une immaturité neurologique, cérébrale et psychique parfois douloureuse. Il ne dispose d’aucun outil symbolique pour rendre les choses intérieures ou extérieures nommables, familières ou domptables. Dans cet état inachevé, il a besoin d’un Autre, pour transformer les états de crises biologiques et de détresse psychique en un message qui a du sens voire du ‘corps’.

L’adulte en souffrance peut lui aussi avoir besoin d’être entendu par un Autre qui l’aidera à interpréter les choses incompréhensibles qui frappent son esprit mais aussi son corps, car les effets somatiques de l’angoisse et de la déprime sont bien réels et désagréables.

Cet Autre, le ‘dépressif’ le cherche souvent dans son entourage, malheureusement l’anxiété ou la culpabilité que ressentent parfois ses proches face à son mal-être, rendent son écoute difficile. Le psychologue ou le thérapeute possède une neutralité et une formation qui lui permette de garder une écoute bienveillante et professionnelle. Il définit avec son patient, selon ses besoins et sa demande, la fréquence à laquelle il se rendra disponible pour le recevoir.

b) De l’absurde à la logique

La prise en charge d’un tel épisode ne peut donc se faire selon un model préétabli et nécessite une rencontre et un recueil d’éléments. Les premiers instants thérapeutiques sont souvent voués à une investigation de lieux et de dates, de situations etc. Ils cherchent les liens entre les événements de la vie d’une personne et l’apparition des premiers symptômes ou d’une aggravation. Quelque soit les phénomènes à l’étude, les moments de détresse psychique ne sont pas le fait du hasard.

On pourrait illustrer ce travail par l’image du filtre. Chaque être humain passe son expérience au crible d’un filtre subjectif qui lui est propre et les moments de vie ne sont perçus qu’à travers ce tamis. C’est cette perception interne et unique qui explique, par exemple, que les membres d’une même fratrie ne racontent jamais leur histoire de famille de la même façon.

Souvent, la personne qui traverse un épisode dépressif souffre de l’impression d’absurdité et d’incompréhension, justement parce-que le savoir ou l’expérience des autres ne peuvent recouvrir son vécu. En thérapie, elle va découvrir en quoi et comment elle a filtré la réalité extérieure pour en faire sa réalité subjective et comment ce qui a été retenu dans le filtre peut être en lien avec sa vie affective et donc la crise qui l’agite.
La recherche d’une logique, d’un sens a souvent un effet premier non négligeable. Faire fonctionner sa pensée de façon orientée est aussi capital, parce-que le passage à l’acte dans tout les cas signe l’échec d’un recours psychique.

c) De la logique au sens

La classification des dépressions s’organise en deux grandes distinctions : les dépressions dites endogènes et les dépressions dites exogènes.

Pour les dépressions endogènes, les causes de l’accès dépressifs sont plus difficiles à identifier, car il s’agit de perturbations de l’humeur, cycliques ou non, qui peuvent être déclenchées par des évènements graves comme une disparition, ou un licenciement, mais aussi par des modifications beaucoup plus subtiles, comme un changement saisonnier. S’en suit un accès de désespoir, de culpabilité et d’inhibition si profonds, que la personne qui en est atteinte n’a parfois plus l’espoir d’être secourue ou de trouver une solution.

C’est justement une situation dans laquelle il est urgent de consulter.

Seul un professionnel aguerri peut investiguer la symptomatologie et définir avec le partenariat du patient la bonne prise en charge. Quand elle est définie, les résultats sur le court et le long terme sont encourageants et on observe des rémissions qui paraissaient parfois inaccessibles.

Les dépressions exogènes ou réactionnelles sont elles, des crises psychologiques qui apparaissent après des dommages ou des conflits vécus au travail, dans la famille, dans la vie amoureuse, etc. Leur installation peut-être progressive et mener vers une inhibition généralisée et une incapacité à reprendre une vie ‘normale’, ou brutale sur un mode plutôt anxieux.

Si l’on reprend l’image du filtre psychique, les éléments de la réalité sont passés au sas et l’événement dramatique lui ne donne pas lieu à une reconstitution psychique satisfaisante. Il est donc ingérable et la crise anxieuse et dépressive vient signifier combien le psychique est en difficulté avec cet événement qui a une signification particulière et douloureuse pour lui.

Cette signification intime et sa révélation participe des effets symboliques cités plus haut. Mais encore, c’est la particularité mentale du patient et son désir particulier qui vont orienter sa thérapie et il en découlera parfois aussi des changements ostensibles dans sa vie. La thérapie est aussi une démarche appropriée aux dépressions récurrentes qui souvent sont le signe d’un conflit intérieur inextricable.

Orientation

Le professionnel est aussi quelqu’un qui dispose d’outils utiles au repérage des phénomènes particulier à chaque souffrance psychique. Ce moment passé un projet de soin, ou de thérapie peut voir le jour et il peut chercher dans son réseau professionnel comment accompagner au mieux le patient, si l’intervention d’autres professionnels est nécessaire.

1 L’inhibition est un mécanisme incontrôlé qui empêche ou ralentit des fonctionnements physiologiques, psychiques ou des actions.

2 L’angoisse et l’anxiété comportent une dimension psychique et physique. Elles génèrent une tension douloureuse dans l’esprit, mais aussi des sensations dans le corps propre.

3 Pour les 25/34 ans le suicide constitue la 1ère cause de mortalité.
http://www.infosuicide.org/pointdevue/statistique/index.htm

Pierre Simon pour Psychologika